Afrique du Sud : les dérives xénophobes d’une population noire manipulée sous l’œil complice de l’Union Africaine

Ces dernières semaines, plusieurs ressortissants africains, notamment originaires de l’Afrique subsaharienne, ont été victimes d’agressions et d’expulsions forcées dans certains townships, ravivant les inquiétudes sur la sécurité des migrants. La classe politique de la nation arc-en-ciel qui se cache derrière ces dérives xénophobes laisse la population, surtout noire, naïve croire qu’elle est pauvre et au chômage à cause des étrangers. De nombreux observateurs fustigent le silence coupable de l’union Africaine face à cette vague xénophobe qui fracture le continent.
Trente ans après la fin de l’apartheid, le pays de Mandela traverse une nouvelle flambée de violences xénophobes. La nation arc-en-ciel connaît une résurgence de violence xénophobe, ciblant les migrants africains, qu’ils soient dans le pays légalement ou non, et qui a culminé par l’ultimatum du 30 juin, lancé par différentes organisations anti-migrants et qui appellent les étrangers en situation irrégulière à quitter le pays.
Contrairement à certains récits relayés à l’international, les violences en cours ne visent pas les populations blanches. Les cibles privilégiées sont les Noirs venus d’autres pays africains : commerçants de rue, chauffeurs routiers, travailleurs précaires installés dans les townships et les quartiers informels. Le terme péjoratif Makwerekwere, largement diffusé dans le langage courant, sert à les déshumaniser et révèle une forme de racisme intra-africain, où une partie de la population noire sud-africaine se vit comme distincte, voire supérieure, aux autres Africains.
À KuGompo City, des manifestations hostiles aux « étrangers » ont dégénéré en échauffourées, avec des véhicules incendiés et des commerces vandalisés. Sur les réseaux sociaux, des vidéos virales montrent des passages à tabac, des humiliations, des chasses à l’homme dans des quartiers populaires. Les politiciens (qui se cachent derrière ces dérives xénophobes) laissent la population naïve croire qu’elle est pauvre et au chômage à cause des étrangers.
Parmi les principales organisations qui appellent à manifester contre les étrangers figure l’Opération Dudula, un mouvement de la société civile né à Soweto en 2021-2022, et qui s’est fait connaître en 2025 en bloquant aux étrangers l’accès aux hôpitaux et aux écoles. Ses membres, souvent habillés en tenue paramilitaire, étaient vus chassant ceux perçus comme des « étrangers » des services publics.
Le mouvement très urbain semblait proche de l’ancien maire de Johannesburg, Herman Mashaba, qui, lors de son mandat à la tête de la ville, disait vouloir « nettoyer » Johannesburg des migrants illégaux. Dirigée aujourd’hui par Zandile Dabula, Opération Dudula est devenue une formation politique.
Autre organisation qui s’est imposée ces derniers mois comme le principal mouvement derrière les manifestations anti-migrants : March and March (« Marcher et Marcher », en français). Son leader est une ancienne présentatrice radio, Jacinta Ngobese Zuma, originaire de la province du KwaZulu-Natal, où se sont concentrées ses actions, avant qu’elles ne prennent une ampleur nationale.
Plusieurs partis politiques, dont MK Party, la formation de l’ancien président de la République sud-africaine, Jacob Zuma, se sont d’ailleurs joints à plusieurs manifestations dans la ville de Durban. Jacob Zuma soutient et finance très certainement March and March, affirment plusieurs chercheurs.
Autre figure de cette vague xénophobe : Nkosikhona Ndabandaba. Ce natif de la région du KwaZulu-Natal se présente comme un chef traditionnel zoulou. Il dit être à la tête d’un « régiment zoulou » qui veut « nettoyer » le centre historique de la monarchie zouloue, et défile en tenue traditionnelle de guerrier.
Des inquiétudes face à la crise xénophobe
Ces violences xénophobes se sont invitées au cœur de la rencontre entre le président de la République Démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi et le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, ce jeudi 2 juillet à Kinshasa.
Félix Tshisekedi a appelé à une approche équilibrée dans la gestion des migrants en situation irrégulière, fondée sur le respect des droits fondamentaux et des valeurs de solidarité africaine : « Nous faisons confiance à la sagesse des autorités sud‑africaines pour privilégier une approche plus équilibrée, conforme aux valeurs de solidarité africaine afin qu’une issue heureuse, apaisée et respectueuse des droits fondamentaux puisse être trouvée ». Il a reconnu le droit souverain de chaque État à appliquer ses lois migratoires, tout en insistant sur la nécessité de traiter ces questions avec humanité et dignité.
De son côté, le Président sud‑africain a assuré que son gouvernement, guidé par la constitution, est ferme en matière de protection des droits de l’homme. « Les migrants, y compris ceux sans documents administratifs, doivent être traités avec dignité et sécurité » a-t-il souligné.
Le mécanisme de bouc émissaire
La plupart des migrations en Afrique australe proviennent des pays membres de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). On estime que les travailleurs migrants représentent 9 % (environ 1,4 million) de la main-d’œuvre sud-africaine. En effet, les données du recensement sud-africain montrent que 84 % des migrants internationaux sont originaires des pays de la SADC. Les principaux pays d’origine sont le Zimbabwe (48,5 %), le Mozambique (20 %), le Lesotho (11 %) et le Malawi (10 %).
Pour comprendre la persistance de ces violences, il faut regarder du côté de l’économie. L’Afrique du Sud combine un chômage massif — autour de 30 % à 40 % selon les méthodes de calcul, et bien davantage chez les jeunes — avec une pauvreté structurelle et une criminalité endémique. Dans ce contexte, la rareté des emplois peu qualifiés dans le commerce de rue, la sécurité privée, la manutention ou les services nourrit une compétition directe entre Sud-africains précaires et migrants africains.
Selon la Banque mondiale, environ 10 % de la population concentre près de 71 % des richesses. Trente ans après la fin de l’apartheid, les monopoles économiques restent largement aux mains d’une minorité, tandis que les townships absorbent l’essentiel de la pauvreté et du chômage des jeunes Noirs.
À cela s’ajoute une croissance atone, une inflation qui a parfois dépassé 6,5 % et une dégradation continue des services publics — santé, logement, éducation, transports — qui alimente le sentiment d’un système saturé. C’est dans cet environnement que prospère le discours selon lequel « les étrangers prennent les emplois » et « saturent les hôpitaux ».
Les statistiques montrent que, les ressortissants étrangers ne représentaient que 8,5 % des condamnés en 2019 et 7,1 % en 2020, loin de la place qu’ils occupent dans le récit sécuritaire dominant. Mais le mécanisme du bouc émissaire n’a pas besoin de chiffres : il a besoin d’une cible visible, accessible, et politiquement peu coûteuse à attaquer.
Les migrants qualifiés de « bombe à retardement »
La crise actuelle ne peut se comprendre sans son arrière-plan historique. L’apartheid a légué une société profondément inégalitaire, où l’accès à la terre, au capital et aux réseaux économiques reste largement structuré par la race. L’ANC, longtemps porteur de l’espoir d’une transformation radicale, est aujourd’hui accusé d’avoir laissé se creuser ces inégalités, voire d’avoir vu une partie de ses élites capter les fruits de la transition démocratique.
Plusieurs responsables ont, au fil des années, attisé le ressentiment plutôt que de l’apaiser. En 2015, le roi zoulou Goodwill Zwelithini avait appelé les étrangers africains à « faire leurs valises », un discours suivi d’une vague meurtrière. Plus récemment, certains dirigeants politiques ont qualifié les migrants sans papiers de « bombe à retardement », légitimant de fait la pression populaire sur eux. Le Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) a exprimé à plusieurs reprises sa préoccupation face à la persistance des violences xénophobes et au caractère structurel des inégalités sud-africaines.
Pendant les campagnes de l’ANC, les leaders politiques ont également promis monts et merveilles à la pauvre population. Et à défaut de faire face à leurs promesses, les politiciens (qui se cachent derrière ces dérives xénophobes) laissent la population naïve croire qu’elle est pauvre et au chômage à cause des étrangers.
Face à ce jeu qui ne profite à personne, ce qui indigne le plus, c’est le silence coupable de l’Union africaine face à ce drame humain. Ce mutisme s’est éloigné d’un de ses principes cardinaux : défendre les droits des citoyens africains et garantir la démocratie sur le continent. « Tant qu’elle refusera de se réinventer, d’agir avec courage et indépendance, l’UA restera ce qu’elle est aujourd’hui : un symbole vidé de son sens, complice par passivité d’un ordre politique injuste » notait Pierre Diouf, dans « Notre continent », le 14 mai 2025.
Une solidarité africaine mal récompensée
La libération de Nelson Mandela, le 11 février 1990 et la fin de l’apartheid donnent naissance à une Afrique du Sud aux couleurs de toutes ses communautés humaines qui forment la nation arc-en-ciel. La part prise par les pays africains dans cet aboutissement mérite d’être consignée dans les annales de l’histoire moderne de l’Afrique.
Le pays de Mobutu, par exemple, avait accepté de couper ses relations avec le pouvoir blanc sud-africain, s’inscrivant dans le combat de la libération de l’homme noir. Que dire du Zimbabwe, de la Zambie, Botswana, Ouganda, Nigeria et du Ghana. Aussi, le Congo, à la tête de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), 1986-1987, réussit à mobiliser la plupart des pays africains autour d’un fonds destiné à financer la lutte contre l’apartheid, à savoir le fonds africa. Les ménages congolais, par exemple, prennent part à la collecte aux côtés du gouvernement, renflouant ainsi les caisses du fonds. Dans le même ordre d’idées, il se réunit à Brazzaville, le 25 mai1987, sous l’impulsion du président en exercice de l’OUA, le symposium international contre l’apartheid.
Comme on peut le constater, l’Afrique a joué un rôle déterminant dans la lutte contre l’apartheid. Les États africains ont soutenu politiquement, diplomatiquement et économiquement la libération de l’Afrique du Sud. Des milliers d’enseignants, médecins, universitaires, ingénieurs et autres professionnels africains ont également contribué au développement du pays après la fin de l’apartheid.
Aujourd’hui, beaucoup d’Africains ont le sentiment que cette solidarité historique est récompensée par « la monnaie de singe ». Des citoyens africains sont agressés, humiliés, dépouillés de leurs biens ou contraints de fuir simplement en raison de leur nationalité. Le continent qui s’est uni pour vaincre le colonialisme et l’apartheid doit aujourd’hui s’unir avec la même détermination pour vaincre la haine entre Africains.
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Finalement, penser que les noirs devraient avoir une plus belle âme que les blancs, ce ne serait-il pas un tout petit peu raciste ???

